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La Wehrmacht, une armée (éco)innovante et décarbonée

À l’occasion du 8 mai, un petit article volontairement provoquant pour dénoncer la bêtise cachée derrière les discours usant et abusant d’une novlangue débilitante ponctuée d’ « Europe post-carbone », d’ « économie décarbonée » et autre « neutralité carbone ». Derrière ces exposés rapidement approuvés par les masses et le monde des affaires – capitalisme techno-industriel et mode de vie ne sont jamais remis en cause, ce qui arrange tout le monde, surtout les riches des pays occidentaux et industrialisés –, se cache une réalité bien plus sombre ; impérialisme et militarisme, deux composantes essentielles au maintien de l’expansionnisme de la société industrielle, une croissance continue étant primordiale pour prévenir son effondrement. En ce sens, l’exemple de l’Allemagne nazie et de son armée « résiliente » mettra du baume au cœur aux collapsologues pleurant le déclin civilisationnel. Il ravira également les décarboneurs de tout bord travaillant d’arrache-pied au sauvetage d’un système toxique nous menant droit vers un nouveau conflit mondial.

En ce jour d’armistice qui a mis fin à une énième boucherie gigantesque et inutile – mais inhérente au fonctionnement de la civilisation industrielle, de toute civilisation –, il est étonnant de ne pas entendre les zélateurs et autres ahuris de l’ « économie décarbonée », ainsi que les fondamentalistes du « marché du carbone », chanter les louanges de l’armée nazie, un modèle de réussite en matière d’ « efficacité énergétique » et de « décarbonisation ».

En effet, la Wehrmacht – composante terrestre des forces du Troisième Reich – comptait à 80 % sur la traction animale pour sa logistique, et plus particulièrement sur les chevaux. Contrairement à une légende tenace, l’accès limité aux énergies fossiles, ainsi que le retard accusé par l’industrie automobile et les infrastructures, imposaient des contraintes élevées aux troupes allemandes. En moyenne et tout au long de la guerre, ce sont 1,1 million d’équidés qui étaient employés pour transporter le matériel et l’armement de l’infanterie. Sur les 322 divisions allemandes au milieu de la guerre en 1943, seules 52 étaient motorisées.

Voici le résumé du livre German Horse Power. Horse Drawn Elements of the German Army :

Malgré les centaines de milliers de véhicules à moteur utilisés par les forces allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale, les forces armées allemandes étaient encore extrêmement dépendantes du cheval.

Le transport hippomobile était particulièrement important pour l’Allemagne, car elle manquait de ressources pétrolières naturelles. L’infanterie et l’artillerie allemande dépendaient beaucoup des véhicules tirés par des chevaux, en particulier dans leur chaîne d’approvisionnement et leur logistique. Chaque unité allemande employait des milliers de chevaux et des milliers d’hommes prenaient soin d’eux.

Cet album photos abondamment illustré comprend de nombreuses photos inédites, dont beaucoup proviennent de sources privées en Allemagne.


Cavalerie SS en 1941, Russie. (source : Bundesarchiv, Bild 101III-Adendorff-002-18A / Adendorf, Peter / CC-BY-SA 3.0)

Soldats allemands chargeant des chevaux dans un wagon de train, un autre moyen de transport « décarboné ». (source : Bundesarchiv, Bild 101I-217-0473-23A / Scheffler / CC-BY-SA 3.0)

Artillerie à cheval en Bessarabie (actuelle Roumanie), 1941. (source : Sueddeutsche Zeitung Photo )

Artillerie à cheval.


Dans un article publié par la revue The Conservation, on en apprend un peu plus sur la capacité de l’Allemagne nazie à gérer la contrainte énergétique :

« Dès les années 1930, le général Heinz Gudérian s’inquiétait des restrictions en matière d’approvisionnement en carburant. Au-delà d’un gigantesque programme de construction d’usines d’essence synthétique, les Allemands décidèrent de concevoir des engins légers et économes.

L’excellence tactique permettant de maximiser l’utilisation d’appareils moins armés et protégés que ceux de leurs adversaires. Dans le domaine des véhicules de transport, le side-car Zündapp, qui permettait de transporter trois soldats, en est l’exemple le plus représentatif avec sa consommation de 7 litres aux 100 km. Le véhicule tout-terrain allemand ou Kubelwagen est plutôt médiocre si on le compare à la Jeep américaine : si on prend en compte sa faible consommation (8 litres aux 100 km), on ne peut être qu’étonné par ses exceptionnelles performances. D’autre part, la Wehrmacht, la première à mener la Blitzkrieg, est plutôt une armée hippomobile. Car contrairement à une légende tenace, l’infanterie constitue le cœur de cette armée.

Dans le domaine aérien, il fut beaucoup plus difficile de suppléer à l’insuffisance de carburant. Cela eut des conséquences fâcheuses en termes d’entraînement des jeunes pilotes. En 1945, les Allemands expérimentèrent un avion-fusée utilisant un combustible non dérivé du pétrole : le Messerschmitt Me 163 Komet. Les résultats furent décevants. Plus prometteuses furent leurs recherches tardives sur un système anti-aérien à base de missiles à poudre. Mais ces engins ne dépassèrent jamais l’état de prototypes. À partir de 1944, les contraintes énergétiques devinrent telles que l’armée allemande s’effondra, incapable d’assumer l’effort logistique nécessaire à son approvisionnement. »


Le side-car Zündapp. (source : Wikipédia)

Kubelwagen qui va peut-être bientôt connaître une nouvelle jeunesse avec les décarboneurs du Shift Project souhaitant généraliser la voiture à moins de 2l/100km . (source : Wikipédia)

Cette même contrainte énergétique met aujourd’hui sous pression la civilisation industrielle et ses forces armées réfléchissent à diverses stratégies pour s’adapter à la nouvelle donne. Un autre article publié dans The Conversation détaille les recommandations du rapport Implications of Climate Change for the U.S. Army. Sans surprise, l’ensemble des technologies dites « vertes » (panneaux solaires, gestion, stockage, etc.) ainsi que celles de l’industrie numérique (Big Data, intelligence artificielle, robotisation, etc.) sont mises à contribution par le complexe militaro-industriel afin d’atteindre l’objectif qui est le sien : la guerre durable.

Ainsi, grâce au passage d’un modèle « tout-hydrocarbure » à un modèle mixte « hydrocarbure-électrique », les forces armées états-uniennes espèrent renforcer leur « résilience », prérequis indispensable à la future guerre planant au-dessus de nos têtes pour les ressources en hydrocarbures du sous-sol arctique :

« La zone arctique, qui dispose d’importantes ressources en hydrocarbures, fera l’objet de toutes les convoitises, notamment chinoises et russes. Il s’agira pour l’armée américaine de tirer partie de ces ressources en utilisant les nouvelles routes ouvertes par la fonte des glaces tout en contrant l’expansionnisme russe dans cette zone stratégique. »

Depuis plusieurs années, les deux premières puissances mondiales sont sur le chemin d’un affrontement militaire de grande ampleur. Comment pourrait-il en être autrement dans le cadre d’un système nécessitant une expansion continue pour éviter l’effondrement ?