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Extinction de la mégafaune du Pléistocène : un impact de comète en serait la cause principale

Traduction d’un article publié sur le site Science Daily en octobre 2019[i]. D’un côté, des Jean-Marc Gancille, des Vincent Mignerot et des Laurent Testot qui défendent l’idée selon laquelle les humains auraient « exterminé » la mégafaune du Pléistocène sur la base de preuves archéologiques anecdotiques, et qui vont jusqu’à prêcher que l’humain mène une « guerre » depuis toujours contre son habitat naturel. De l’autre, une réalité bien plus complexe et nuancée.

Dans Carnage, livre publié en 2020, Jean-Marc Gancille écrit ceci :

« L’extermination des animaux n’est pas un phénomène récent qui se serait juste accéléré par l’expansion de la civilisation humaine. C’est une constante intangible qui dure depuis plus de 125 000 ans. Chaque arrivée d’Homo Sapiens sur un continent s’accompagne d’un déclin de la mégafaune[ii]. »

Cette thèse est de moins en moins crédible. Les découvertes archéologiques qui se succèdent continuent de repousser la date de dissémination de l’espèce humaine sur le globe, repoussant mécaniquement la durée de cohabitation avec les grands mammifères du Pléistocène. En Sibérie, les humains ont coexisté au moins 11 500 ans avec le rhinocéros laineux avant l’extinction de l’espèce, d’après une récente étude[iii]. En Australie, une étude publiée dans Nature Communications en 2020 chiffrait la durée de cohabitation entre humains et mégafaune à 20 000 ans[iv]. On est loin de la thèse de l’overkill (« surchasse ») ou blitzkrieg (« guerre éclair ») imposée dans la sphère médiatique par une poignée d’écologues anglo-saxons influents (Paul S. Martin en tête) depuis les années 1960.

D’après les défenseurs de la thèse d’une guerre éclair contre la mégafaune, les humains avaient mis au point des techniques de chasse si efficaces que les grands animaux n’auraient pas eu le temps de développer une réponse évolutive. Or, selon un papier paru en 2018 dans Ecology and Evolution, « ni le degré d’efficacité de la chasse humaine ni l’absence de réaction [évolutive] des prédateurs n’ont encore été évalués ou démontrés[v]. » Et il est fort probable que nous ne connaîtrons jamais ces données. Cette théorie du blitzkrieg est d’autant moins crédible si l’on prend en considération l’efficacité à la chasse au gros gibier des peuples premiers, comme chez les Hadza de Tanzanie qui habitent la région du lac Eyasi depuis plusieurs dizaines de milliers d’années :

« […] la probabilité pour les premiers hominidés de tomber sur une carcasse de gros gibier à subtiliser, ou de tuer avec succès un grand ongulé, peu importe la condition de l’animal, étaient probablement assez faible si l’on prend en considération les taux de réussite à la chasse étonnamment bas constatés dans les études ethnographiques des chasseurs-cueilleurs contemporains d’Afrique. Les Hadza en fournissent un exemple frappant. Même avec des arcs exceptionnellement puissants, avec un poids de tirage de 45 kg ou plus, et des pointes de flèche enduites de poison, “les chasseurs […] échouent à tuer du gros gibier (ou accaparer une carcasse) durant 97 % de l’ensemble des journées de chasse[vi]”. »

À cela, les Testot et cie vont répondre que l’Afrique est spécifique en raison d’une coévolution sur plusieurs millions d’années entre le genre Homo et la grande faune, laissant le temps à cette dernière de mettre au point une réponse évolutive à la chasse. Problème, les cachalots chassés à échelle industrielle au XIXe siècle ont très rapidement réagi et développé une culture de résistance pour échapper aux navires de pêche[vii]. « Bien trop rapide pour une évolution génétique, ça ne pouvait être qu’une évolution culturelle » d’après le spécialiste des cétacés Hal Whitehead. Si les cachalots en sont capables, selon toute logique, d’autres espèces de grands mammifères le sont également. À force de percevoir les êtres vivants – humains et non humains – comme des machines programmées par un code génétique pour entrer en compétition les unes avec les autres, on en oublie que la plupart des mammifères sont des êtres complexes doués de culture. Cette idée – une nature hostile – est très prégnante chez Laurent Testot. Dans une interview à la chaîne Youtube Collapso, il déclare :

« Il faut comprendre que Singe – l’humanité – a besoin de se nourrir, comme tout être. Et donc, il mène comme tout animal une guerre à son milieu dans la mesure où il prend à son milieu, et que généralement le milieu trouve moyen de coexister avec le flux que cela génère. »

Étrange vision de la communauté vivante. Quand un San creuse le sol aride du Kalahari à la recherche d’un tubercule, qu’il en prélève juste assez pour se sustenter avant d’enfouir à nouveau un morceau de la racine pour laisser la plante repousser, peut-on raisonnablement appeler ça « mener une guerre à son milieu » ? Bien évidemment que non, d’autant que cette intelligence et ce respect envers le vivant sont la règle chez les peuples autochtones qui protègent sur leurs terres 80 % de la biodiversité globale restante, faut-il encore le rappeler[viii].

Laurent Testot évoque seulement les thèses du changement climatique et de la surchasse dans son livre Cataclysmes – une histoire environnementale de l’humanité publié en 2017, alors que la thèse de l’impact d’un objet céleste a été présentée pour la première fois en 2007. Le livre de Testot est en outre jonché de superlatifs grotesques – « hyperprédateur », « superpouvoir », « coopération de masse », « maître du monde », etc. – servant à insister sur une prétendue singularité de « Singe », le nom qu’il donne à l’espèce humaine. Journaliste scientifique, Laurent Testot peut se targuer d’avoir reçu le prix de l’Académie française Léon de Rosen pour son ouvrage, dont voici un extrait :

« L’empathie induit un revers. Nous aidons nos proches, ceux que nous identifions comme nos semblables. Mais ce faisant, nous définissons une sphère d’appartenance. Un “nous” et un “eux”. Un “nous” contre un “eux”. Le Singe coopératif est raciste, nationaliste et spéciste (en ce qu’il hiérarchise humains et animaux). Car l’évolution a accru en lui, à des niveaux inégalés, ce besoin de fusionner avec ses proches, et cette nécessité de désigner une altérité à laquelle se confronter. »

Voir l’Académie française consacrer de telles âneries en dit long sur la crédibilité et le respect que l’on peut accorder à cette institution financée par le racket organisé de l’État. Il faut être d’une arrogance sans limites pour oser affirmer avec un tel aplomb que l’espèce humaine est par essence « raciste, nationaliste et spéciste ». Quel mépris pour les San Bushmen, les Hadza et les Pygmées qui contredisent en de nombreux points ce diagnostic. Le problème des Testot, Gancille et cie, au-delà de la médiocrité de leurs productions, c’est leur propension à faire de l’ethnocentrisme – tendance à privilégier les normes et valeurs de sa propre société pour analyser les autres sociétés[ix]. Et manifestement, le narcissisme, ça fait vendre.

Issue du courant environnementaliste dominant, cette forte propension à l’autoflagellation infecte la société occidentale à notre époque où la dévastation de la biosphère s’accélère. Autrefois, on célébrait le génie créatif d’Homo Sapiens capable de réaliser des prouesses techniques, comme d’envoyer des hommes sur la Lune ou de manipuler l’atome. Aujourd’hui, après avoir constaté le désastre socioécologique incarné par la civilisation industrielle, se développe une sorte de fascination morbide pour le pouvoir destructeur du bipède sans poil. Rien ne change en milieu civilisé, le culte narcissique de la grandeur humaine domine toujours le débat public.

Il doit certainement être très rassurant et réconfortant pour un Occidental privilégié de se persuader que l’être humain dévaste la nature depuis qu’il foule la Terre, peu importe sa culture, sa société ou son mode de vie. Dès lors, quel est l’intérêt de résister à la civilisation si l’espèce humaine est intrinsèquement « nuisible » ? Pourquoi se battre si l’humain est programmé par son code génétique pour annihiler la biosphère ? Le génocide des peuples autochtones ? Aucune importance ! Après tout, eux aussi sont des humains « nuisibles ». Continuons donc à nous soumettre docilement au progrès de la civilisation et à la volonté des sociopathes trônant au sommet de la hiérarchie, et advienne que pourra. Attitude individualiste, pathétique et méprisable de l’humain civilisé, domestiqué et pacifié.

Nous, les sauvages et les barbares, nous vomissons cette civilisation et son progrès. Nous préférons croire en l’animal humain.


Un impact extraterrestre a-t-il provoqué l’extinction des animaux de l’ère glaciaire ?

Une théorie controversée sur l’extinction de la mégafaune du Pléistocène gagne du terrain sur les sites de recherche du monde entier. Un corps extraterrestre aurait heurté la Terre il y a près de 13 000 ans, provoquant l’extinction de nombreux grands animaux et un probable déclin de la population des premiers humains.

Controversée dès sa présentation en 2007, l’hypothèse de l’impact du Dryas récent énonce qu’un astéroïde ou une comète aurait frappé la Terre il y a environ 12 800 ans, provoquant une période de refroidissement extrême qui a contribué à l’extinction de plus de 35 espèces de mégafaune, dont les paresseux géants, les félins à dents de sabre, les mastodontes et les mammouths. Elle coïncide également avec un grave déclin des premières populations humaines, comme la culture Clovis, et serait à l’origine d’incendies de forêt massifs qui auraient bloqué la lumière du soleil, provoquant un « hiver nucléaire » vers la fin de l’ère pléistocène.

Dans une nouvelle étude publiée cette semaine dans Scientific Reports, une publication de Nature, Christopher Moore, archéologue de l’UofSC, et seize collègues présentent d’autres preuves d’un impact cosmique basées sur des recherches effectuées à White Pond près d’Elgin, en Caroline du Sud. L’étude s’appuie sur des découvertes similaires de pointes de platine – un élément associé à des objets cosmiques comme les astéroïdes ou les comètes – en Amérique du Nord, en Europe, en Asie occidentale et récemment au Chili et en Afrique du Sud.

Christopher Moore explique :

« Nous continuons à trouver des preuves et à nous étendre géographiquement. De nombreux articles ont été publiés ces deux dernières années avec des données similaires provenant d’autres sites, qui soutiennent presque universellement l’idée qu’un impact extraterrestre ou l’explosion d’une comète est à l’origine de l’épisode climatique du Dryas récent. »

Moore a également été l’auteur principal d’un article antérieur documentant les sites d’Amérique du Nord où des pointes de platine ont été trouvées et co-auteur de plusieurs autres articles qui documentent des niveaux élevés de platine dans des sites archéologiques, notamment à Pilauco, au Chili – la première découverte de preuves dans l’hémisphère sud.

Selon lui :

« Nous avons d’abord pensé qu’il s’agissait d’un événement nord-américain, puis des preuves en Europe et ailleurs ont montré qu’il s’agissait d’un événement de l’hémisphère nord. Et maintenant, avec les recherches menées au Chili et en Afrique du Sud, il semble qu’il s’agissait probablement d’un événement mondial. »

En outre, une équipe de chercheurs a trouvé des concentrations inhabituellement élevées de platine et d’iridium dans les sédiments d’un cratère récemment découvert au Groenland, qui pourrait avoir été le point d’impact. Bien que le cratère n’ait pas encore été daté avec précision, M. Moore estime qu’il est fort possible qu’il s’agisse de la preuve irréfutable que les scientifiques recherchent pour confirmer un événement cosmique. En outre, des données provenant d’Amérique du Sud et d’ailleurs suggèrent que l’événement a pu inclure de multiples impacts et explosions aériennes sur l’ensemble du globe.

Si le bref retour aux conditions de l’ère glaciaire pendant la période du Dryas récent est bien documenté, les raisons de ce retour et du déclin des populations humaines et animales sont restées obscures. L’hypothèse d’un impact a été proposée comme déclencheur possible de ces changements climatiques abrupts qui ont duré environ 1 400 ans.

L’événement du Dryas récent tire son nom d’une fleur sauvage, Dryas octopetala, qui peut tolérer des conditions froides. Elle est soudainement devenue commune dans certaines parties de l’Europe il y a 12 800 ans. L’hypothèse de l’impact du Dryas récent a suscité la controverse, explique Moore, car la théorie globale selon laquelle un impact cosmique aurait déclenché des événements en cascade conduisant à des extinctions était considérée comme improbable par certains scientifiques.

« Cette théorie était audacieuse dans le sens où elle tentait de répondre d’un seul coup à un grand nombre de questions difficiles auxquelles les gens étaient confrontés depuis longtemps », explique-t-il, ajoutant que certains chercheurs continuent de la critiquer.

Selon la vision conventionnelle, suite à la rupture des barrages naturels de glace, la vidange brutale des eaux glaciaires a permis une libération massive d’eau douce dans l’Atlantique Nord, affectant la circulation océanique et faisant plonger la Terre dans un climat froid. L’hypothèse du Dryas récent affirme simplement que l’impact cosmique a été le déclencheur de l’écoulement de cette eau de fonte dans les océans.

Dans le cadre de recherches menées à White Pond, en Caroline du Sud, Moore et ses collègues ont utilisé un carottier pour extraire des échantillons de sédiments sous l’étang. Datés du début du Dryas récent par radiocarbone, ces échantillons contiennent une importante anomalie en platine, ce qui correspond aux résultats obtenus sur d’autres sites d’après Moore. Une grande anomalie de suie a également été trouvée dans les carottes du site, indiquant des feux de forêt régionaux à grande échelle dans le même intervalle de temps.

En outre, les spores fongiques associées aux excréments des grands herbivores ont diminué au début de la période du Dryas récent, ce qui suggère un déclin de la mégafaune de l’ère glaciaire au moment de l’impact.

« Nous supposons que l’impact a contribué à l’extinction, mais ce n’était pas la seule cause. La chasse excessive pratiquée par les humains y a certainement contribué aussi, tout comme le changement climatique. Certains de ces animaux ont survécu après l’événement, dans certains cas pendant des siècles. Mais d’après les données sur les spores à White Pond et ailleurs, il semble que certains d’entre eux se soient éteints au début du Dryas récent, probablement en raison de la perturbation environnementale causée par les incendies de forêt liés aux impacts et le changement climatique. »

Parmi les autres preuves trouvées sur d’autres sites en faveur d’un impact extraterrestre, citons la découverte de verre fondu, de particules sphériques microscopiques et de nanodiamants, indiquant que la chaleur et la pression étaient suffisantes pour faire fusionner des matériaux à la surface de la Terre. Un autre indicateur est la présence d’iridium, un élément associé aux objets cosmiques, que les scientifiques ont également trouvé dans les couches rocheuses datées de 65 millions d’années associées à un impact responsable de l’extinction des dinosaures.

Bien que personne ne sache avec certitude pourquoi la culture Clovis et les bêtes emblématiques de l’ère glaciaire ont disparu, les recherches de Moore et d’autres scientifiques fournissent des indices importants à mesure que s’accumulent les preuves venant appuyer l’hypothèse d’un impact au Dryas récent.

D’après Moore :

« Ce sont de grands débats qui durent depuis longtemps. Ce genre de choses en science prend parfois beaucoup de temps avant d’être largement accepté. C’était le cas pour l’extinction des dinosaures, lorsque l’idée d’un impact a été avancée pour expliquer leur disparition. C’était la même chose avec la tectonique des plaques. Mais aujourd’hui, ces idées font partie intégrante de la science. »


[i] https://www.sciencedaily.com/releases/2019/10/191025110314.htm

[ii] https://greenwashingeconomy.com/carnage-repeindre-lantispecisme-en-vert/

[iii] https://theecologist.org/2020/aug/14/climate-cause-woolly-rhinoceros-extinction

[iv] https://www.theguardian.com/science/2020/may/19/humans-australia-megafauna-to-extinction-climate-queensland

[v] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6202698/

[vi] https://www.springer.com/gp/book/9781441967329

[vii] https://www.theguardian.com/environment/2021/mar/17/sperm-whales-in-19th-century-shared-ship-attack-information

[viii] https://www.worldbank.org/en/topic/indigenouspeoples#1

[ix] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/ethnocentrisme/31406

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