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Les services écosystémiques n’ont (presque) aucune valeur économique

Traduction d’un article de R. David Simpson publié dans la revue du Breakthrough Institute en 2018. Depuis plus de 25 ans, Simpson étudie les liens entre les services écosystémiques et la conservation de la nature. Il a notamment travaillé pour l’Agence de protection environnementale des États-Unis (US EPA) en tant que directeur des études économiques sur les écosystèmes.

Cet article démonte toute la propagande du WWF, des grandes ONG, du monde des affaires et des escrologistes qui prétend que le sort de la civilisation industrielle dépendrait de la bonne santé des milieux naturels. Mais avions-nous vraiment besoin qu’un technocrate étudie la question durant un quart de siècle pour arriver à cette conclusion ? Il suffit d’observer autour de soi. Si le destin des humains du monde civilisé était vraiment lié à celui des loups, des cervidés, des ours, des rivières, des tourbières, des mangroves, des forêts et des insectes, la civilisation souffrirait de leur perte. Or ce n’est pas du tout ce qu’on observe.

Comme le disait très justement l’écologue Carl Safina :

« Il n’y a pas une seule espèce dont la disparition ait causé beaucoup de désagréments à la civilisation, pas une seule espèce sauvage qui soit indispensable, moins encore dont l’éradication serait remarquée, sauf par une poignée de conservationnistes ou de scientifiques irréductibles. L’inutilité de la vie sauvage pour la société civile est la raison pour laquelle les espèces menacées n’apparaissent jamais dans les sondages parmi les grandes priorités du public. »


Le problème avec les services écosystémiques : quand tout a un prix, plus rien n’a de valeur (par R. David Simpson)

Au début des années 1990, la « bioprospection » a capté l’attention du public et des décideurs politiques. Merck, la grande entreprise pharmaceutique américaine, a conclu un accord avec l’Institut national de la biodiversité du Costa Rica (INBio) en vertu duquel Merck recevrait un accès exclusif aux collections de produits naturels de l’INBio en échange d’un paiement initial d’un million de dollars, de contributions en nature à la recherche et d’une promesse de redevances au cas où des produits commercialisables seraient identifiés[1]. Le directeur de l’INBio anticipait que les recettes de bioprospection du Costa Rica dépasseraient bientôt les 300 millions de dollars par an générées par les exportations de café[2].

D’autres entreprises ont suivi le mouvement en développant leurs activités de recherche sur les produits naturels. Des agences gouvernementales américaines se sont associées pour parrainer le programme International Cooperative Biodiversity Groups [ICBG, NdT] comprenant des chercheurs pharmaceutiques américains associés à des pays fournisseurs[3]. La bioprospection a même inspiré un film – dans le film Medicine Man sortie en 1992, Sean Connery, trois ans seulement avant d’être nommé « l’homme le plus sexy du monde » par le magazine People[4], jouait un ethnobotaniste qui faisait la course pour trouver un remède contre le cancer avant que la forêt tropicale ne soit abattue autour de lui. La bioprospection a été présentée comme une proposition « gagnant-gagnant-gagnant » : de nouveaux médicaments seraient trouvés, les pays en développement prospéreraient et les forêts tropicales seraient sauvées.

Alors que l’enthousiasme pour la bioprospection grandissait, les universitaires et les défenseurs de cette technique ont formulé des recommandations sur la manière dont les bénéfices qui allaient bientôt commencer à circuler pourraient être répartis équitablement entre les chercheurs développant de nouveaux produits à partir de sources naturelles et les propriétaires des écosystèmes qui les fournissent. Google Scholar répertorie plus de 150 ouvrages publiés avant 2000 sur « l’accès et le partage des bénéfices » pour les ressources génétiques[5]. Comment les nations du Sud, historiquement exploitées pour leur travail et leurs matières premières, pourraient-elles éviter une nouvelle forme d’expropriation, la « biopiraterie », le vol de leur précieux patrimoine biologique ?

La bioprospection a été l’un des premiers exemples d’appel à un « service écosystémique », un effort pour inciter à la conservation de la nature. Dans son sillage, la communauté de la conservation s’est tournée vers d’autres services écosystémiques qui mettent l’accent sur les avantages que la préservation d’habitats relativement peu développés apporterait aux communautés qui y vivent ou qui leur sont adjacentes. Il s’agit notamment de services tels que la purification de l’eau, la pollinisation, la lutte contre les parasites et la protection contre les inondations et les tempêtes. Mais les arguments économiques en faveur de cette approche sont peu convaincants également. Lorsque les pressions de développement sont élevées, il est généralement plus rentable de recourir à des substituts artificiels pour remplacer les services écosystémiques que de renoncer à convertir les terres à des utilisations agricoles ou résidentielles. Même si l’on peut argumenter en faveur de la conservation de certaines zones résiduelles d’habitat naturel pour fournir des services écosystémiques, il n’est pas clairement établi que cela produit des résultats significatifs en matière de conservation. Il s’avère que les efforts déployés pour valoriser la nature ont donné des résultats décevants.

1.

Comme beaucoup d’autres jeunes chercheurs, j’ai été motivé par le désir de participer au sauvetage de la nature lorsque j’ai commencé à travailler dans le domaine de l’économie de l’environnement et des ressources au début des années 1990. Le terme « biodiversité » avait été inventé quelques années auparavant[6] et l’inquiétude grandissait face à ce que l’on craignait être une « sixième crise d’extinction[7] ». Lors de la sixième extinction, on craignait que des millions d’espèces ne périssent en raison de la domination croissante de l’une d’entre elles : Homo sapiens.

Que fallait-il faire ? À l’époque où j’ai commencé à travailler pour Resources for the Future, une organisation à but non lucratif effectuant des recherches sur l’économie de l’environnement et des ressources, à l’automne 1991, une nouvelle approche de la conservation s’était mise en place depuis une dizaine d’années. En 1980, l’Union internationale pour la conservation de la nature [UICN, NdT] a publié un rapport influent annonçant que la conservation pour la conservation était devenue hors de propos ; « étudier la contribution de la conservation des ressources vivantes à la survie humaine et au développement durable » était à la mode[8]. Le rapport affirmait que les habitats naturels et les organismes qu’ils abritent ont plus de valeur vivants, en tant que sources de biens et de services durables, qu’ils n’en ont morts, dépouillés de leur bois et convertis à d’autres fins. Puisque les appels à l’altruisme n’avaient pas fonctionné, dans les années qui suivirent, les défenseurs de la conservation et les universitaires se sont tournés vers l’idée que peut-être les appels à l’intérêt personnel, plus concret, rencontreraient le succès.

Au début des années 1990, les « projets intégrés de conservation et de développement », ou ICDP, en sont venus à incarner ces espoirs. Les projets intégrés de conservation et de développement se concentraient souvent sur des programmes visant à commercialiser les produits ou les services des forêts tropicales humides et d’autres points chauds de biodiversité auprès de consommateurs potentiels du monde entier. Les ICDP les plus intéressantes concernaient l’utilisation des ressources génétiques dans la recherche pharmaceutique. La nature est un trésor de ressources génétiques, une bibliothèque de plans biochimiques pour la conception de médicaments miracles. Des médicaments contre le cancer ont été mis au point à partir de la pervenche de Madagascar et de l’if du Pacifique ; des médicaments contre le diabète à partir de la salive du monstre de Gila ; des médicaments pour le cœur à partir de la digitale [plante herbacée, NdT] ; de la quinine à partir de l’écorce du quinquina. Même la bonne vieille aspirine tire ses origines de l’écorce de saule[9]. Selon le discours de la marchandisation des services écosystémiques, si les chercheurs en pharmacologie pouvaient être contraints de payer pour avoir accès aux ressources génétiques, les forêts tropicales pourraient être sauvées.

Cependant, le problème de la biopiraterie demeure. C’est vers cette question que je me suis tournée au début de ma carrière. J’ai essayé d’aborder la question de manière logique : si la difficulté résidait dans la compensation des fournisseurs pour la valeur des ressources génétiques qu’ils offraient, la première chose à laquelle il fallait penser était la valeur des ressources génétiques.

Les économistes soutiennent que la valeur est déterminée par la rareté. S’il n’y a pas beaucoup d’une chose par rapport à la demande, les gens paieront beaucoup plus cher. Si elle est relativement abondante, ils ne le feront pas. Un argument que j’ai souvent entendu au début de mon travail est que nous devrions sauver les forêts tropicales parce qu’elles abritent probablement des millions d’espèces encore inconnues et que chacune de ces espèces pourrait être la source du prochain médicament miracle[10]. Pourtant, en réfléchissant à cette idée, j’ai été frappé par quelque chose qui n’allait pas. S’il restait littéralement des millions d’espèces encore à découvrir, les chercheurs pharmaceutiques auraient beaucoup d’endroits différents où chercher leur prochain médicament miracle. Certains experts ont écrit que le stock de ressources génétiques qui pourrait être utilisé dans la recherche pharmaceutique « est si vaste qu’il semble illimité[11] ». Une ressource « illimitée » est nécessairement bon marché. Personne ne serait prêt à payer cher pour avoir accès à des échantillons du Costa Rica s’il est possible d’explorer des pistes tout aussi prometteuses au Nicaragua ou en Bolivie, au Cameroun ou en Malaisie. Dans la même veine, personne ne serait prêt à payer beaucoup pour préserver un hectare de forêt tropicale au Costa Rica si des échantillons identiques ou similaires pouvaient être trouvés dans des milliers d’autres hectares de forêt tropicale. La preuve de la redondance de nombreuses sources naturelles réside dans l’une des étapes cruciales de la recherche sur les produits naturels : la « déréplication ». Il s’agit de déterminer si une nouvelle « découverte » prometteuse est – ou n’est pas – une occurrence de plus d’un produit dont les attributs sont déjà bien connus[12].

En 1996, deux collègues et moi-même avons traduit ces intuitions en un modèle mathématique avec des estimations numériques de cette valeur et publié nos résultats dans une revue économique de premier plan[13] : les gens se sont disputés par rapport à nos travaux. Deux auteurs ont revu nos calculs et ont déclaré qu’ils étaient erronés[14]. Un autre couple de chercheurs a revu les calculs de nos détracteurs, et a affirmé que ces derniers avaient commis une grave erreur. Nos résultats initiaux étaient en fait assez proches de la vérité[15]. Les chercheurs ont continué à citer et à contester ce corpus croissant de travaux scientifiques, et le complexe universitaire-industriel a continué à faire tourner la recherche sur la bioprospection et les ressources génétiques.

Mais une chose intéressante se produisait dans le monde réel pendant que nous, les scribouillards universitaires, nous nous chamaillions entre nous : rien.

La bioprospection n’a pas décollé. L’accord entre Merck et INBio a été rompu il y a de nombreuses années[16]. Merck a fait don des collections d’INBio que l’entreprise avait acquises en 2011, 20 ans après s’être engagée par contrat à les acquérir, « comme si cela marquait l’anniversaire de sa folie costaricienne[17] », remarquait un commentateur. En 2013, INBio était en proie à de graves difficultés financières ; elle sollicitait des dons du public pour payer les salaires de ses employés[18]. En commercialisant ses ressources génétiques, le Costa Rica n’a jamais gagné plus qu’une infime partie de ce qu’il gagne en exportant du café. Eli Lilly, Bristol-Myers Squibb et d’autres grandes multinationales ont également abandonné leurs activités de bioprospection à l’international[19]. Les titres des articles parus au fil des ans suivent la progression de cette désillusion : en 1998, un article se demandait ce qui arrive « lorsque la rhétorique se heurte à la réalité dans [le] débat sur la bioprospection[20] » ; en 2003, un autre article posait la question suivante « Bioprospection – Pourquoi est-elle si peu gratifiante[21] ? ». En 2012, cela donnait « Une pilule amère … pourquoi les entreprises pharmaceutiques – ou les conservationnistes n’ont-ils pas pu tirer profit de la pharmacie de la nature[22] ? ».

Peut-être qu’un résumé plus juste de l’histoire récente de la bioprospection serait de dire que rien de bon ne s’est passé. Merck a peut-être eu la chance de ne rien trouver de valeur au Costa Rica. Les groupes de pression lançaient déjà une guerre publicitaire contre eux. Si Merck avait découvert un médicament à succès, il aurait probablement été impossible d’arriver à un compromis qui aurait satisfait leurs actionnaires, leurs partenaires costariciens et, peut-être plus important encore, les ONG internationales qui restaient convaincues que la bioprospection allait fournir des centaines de millions de dollars aux pays tropicaux pauvres. Le « gagnant-gagnant » de Merck s’était transformé en « perdant-perdant » : ils sont sortis les mains vides mais se sont quand même retrouvés face à des accusations de biopiraterie[23].

Une fureur similaire s’est manifestée sur la question du « consentement préalable et informé » avec l’un des International Cooperative Biodiversity Groups parrainés par le gouvernement américain. Des groupes autochtones de l’État mexicain du Chiapas ont protesté contre le fait qu’ils n’avaient pas donné leur autorisation pour la collecte et l’analyse des échantillons. L’entreprise a été dissoute trois ans après le début des cinq années prévues[24].

Dans ces cas comme dans d’autres, beaucoup de gens étaient contrariés par l’idée que les sociétés pharmaceutiques allaient gagner des milliards avec les produits qu’elles trouveraient dans les pays moins riches, alors que les fournisseurs de leurs échantillons ne se voyaient promettre qu’une maigre rétribution. Ces conflits tournaient souvent autour de l’idée que plusieurs groupes devraient être indemnisés pour la fourniture d’échantillons, en se basant sur l’affirmation que des composés utiles pourraient être identifiés à plusieurs endroits. Mais ce raisonnement ne fait que souligner l’idée que si plusieurs sources potentielles existent pour quelque chose, cette chose-là n’est pas rare et, par conséquent, n’a pas de valeur.

Il n’y a pas si longtemps, j’ai fait un exposé qui soulignait ces points. Après mon discours, un homme dans le public m’a demandé d’être plus clair et direct. Cette semaine-là, il m’a informé que la mise au point d’un nouveau composé prometteur pourrait répondre au besoin urgent de trouver des traitements efficaces contre les infections résistantes aux antibiotiques[25]. Qu’avais-je à dire sur le fait qu’un nouveau composé extrêmement précieux venait d’être isolé à partir d’un échantillon de sol ?

J’ai réfléchi un instant avant de répondre. « Connaissez-vous l’expression ‘ça ne vaut pas un clou’ » ?

2.

Au cours des décennies qui ont suivi mes premiers écrits sur la bioprospection, j’ai continué à étudier le domaine plus large et en pleine évolution des services écosystémiques. J’ai été l’un des auteurs du Millenium Ecosysteme Assessment [Évaluation des écosystèmes pour le millénaire, NdT], éditeur pour le projet parrainé par les Nations unies sur l’économie des écosystèmes et de la biodiversité, et conseiller pour le programme de la Banque mondiale sur l’évaluation de la richesse et la valorisation des services écosystémiques. J’ai continué à faire des recherches sur des sujets tels que la pollinisation, la protection contre les tempêtes et les services de traitement de la pollution des écosystèmes, et j’ai été pendant plusieurs années directeur des études économiques sur les écosystèmes au Centre national d’économie environnementale de l’Agence américaine de protection de l’environnement.

Au fil des années, j’ai vu beaucoup d’idées émerger puis disparaître. Prenez l’écotourisme. Comme pour la bioprospection, les défenseurs de la conservation ont constaté que les gens dépensaient beaucoup d’argent pour visiter les merveilles naturelles qui abritaient des formes de vie uniques. Ils en ont déduit que les territoires à l’origine de ces merveilles naturelles doivent également être extrêmement précieux. Mais où vont réellement tous ces dollars touristiques ? En général, ils ne servent pas à indemniser les gens en vue de maintenir un hectare supplémentaire de territoire pour le rhinocéros ou le quetzal resplendissant [espèce d’oiseau vivant au Guatemala, NdT]. Cet argent est plutôt destiné aux investissements réalisés par les compagnies aériennes et les hôteliers ; des investissements servant à transporter les touristes dans un endroit isolé, à leur fournir des lits douillets et des douches chaudes à leur arrivée. L’habitat, en soi, est souvent suffisamment abondant pour que des changements marginaux n’affectent pas de manière perceptible l’expérience des touristes. J’ai connu des personnes bien intentionnées intéressées par la création d’entreprises d’écotourisme au Venezuela, au Sri Lanka, en Thaïlande et dans une foule d’autres endroits du globe. La liste des endroits fascinants à visiter reste presque illimitée. Par conséquent, comme tout ce qui est disponible en quantité presque illimitée, les destinations exotiques ne peuvent pas, en soi, être très valorisées.

Une critique similaire pourrait être faite de la commercialisation des produits forestiers non ligneux, un autre cas d’ICDP, de projet intégré de conservation et de développement. La volonté des gens pour payer des produits comme les boutons de noix de tagua a été fortement limitée par le fait que les substituts synthétiques soient si abondants et bon marché. Les entreprises d’écotourisme et les ventes de produits forestiers ont également suscité des inquiétudes quant au fait qu’elles pourraient conduire les gens à « aimer à mort la nature ». Une sorte d’impasse s’est créée : les activités économiques d’une échelle nécessaire à la viabilité commerciale entraîneraient la dégradation des systèmes vivants que le projet était censé protéger.

[C’est très exactement ce qui est en train de se passer dans les parcs nationaux submergés par les touristes aux États-Unis, même chose dans certains pays d’Afrique, NdT]

Lorsque les défenseurs de la conservation ont commencé à prendre conscience des limites économiques et des conséquences involontaires potentielles des ICDP, leur préoccupation s’est déplacée. Avec les ICDP, l’idée était d’identifier un produit ou un service que de vastes zones d’habitat existantes pourraient fournir aux marchés internationaux. Ces dernières années, les services écosystémiques ont été vantés pour les avantages qu’ils pourraient apporter aux personnes qui vivent dans les parcelles d’écosystèmes restants, ou à proximité. Selon les termes d’un commentaire rédigé par plusieurs écologistes de premier plan :

« Conserver la nature par obligation morale est un luxe tout simplement inabordable pour la plupart des gens. […] Face à un océan de pauvreté, mettre en lumière des liens ignorés entre la nature et les éléments conduisant au bien-être – eau potable, nourriture, carburant, contrôle des inondations, et avantages esthétiques et culturels qui contribuent à la dignité et à la satisfaction – est la clé pour rendre la conservation de la nature pertinente[26]. »

Une grande partie de ce nouveau discours repose sur les bénéfices tangibles fournis par les écosystèmes aux populations qui vivent au sein desdits écosystèmes. En fait, ces services écosystémiques pourraient devenir d’autant plus importants et précieux que le nombre de personnes se trouvant à proximité des écosystèmes fournissant ces services sera élevé ou que l’activité de ces personnes sera plus intense. En d’autres termes, quand l’eau potable est-elle importante ? Lorsqu’un grand nombre de personnes en a besoin, et qu’un grand nombre de personnes (et/ou de troupeaux d’animaux domestiques) ponctionne cette eau. Quand la lutte contre les inondations est-elle la plus précieuse ? Lorsqu’il y a de grandes concentrations de personnes et/ou des structures de valeur en danger.

Le problème de la bioprospection et de certains autres types d’ICDP était le suivant : la valeur marginale des habitats qu’on espère préserver est négligeable. Ils restaient si étendus au niveau mondial qu’ils n’étaient pas rares par rapport à la demande. Le problème inverse peut se poser pour les écosystèmes préservés dans le but de fournir des services locaux. Les services écosystémiques peuvent être précieux, certes, mais ils pourraient avoir la valeur la plus élevée quand il serait aussi le plus coûteux de préserver des terres pour les maintenir. Si les services écosystémiques sont suffisamment précieux pour justifier la mise en réserve de certaines terres pour les fournir, c’est peut-être parce qu’il n’est pas nécessaire de mettre en réserve beaucoup de terres pour les fournir.

La pollinisation, un service écosystémique qui a fait l’objet de nombreuses études, illustre ce point[27]. Les insectes sauvages pollinisent encore les cultures dans certaines régions. Mais dans une grande partie du monde, les agriculteurs dont les cultures nécessitent une pollinisation (ce qui n’est pas le cas de nombreuses cultures alimentaires importantes) font appel à des abeilles européennes (Apis mellifera) louées qui sont déplacées d’une ferme à l’autre au fur et à mesure que les cultures fleurissent, et donc ont besoin de leurs services. Par exemple, une grande partie des colonies d’abeilles disponibles dans le commerce aux États-Unis sont transportées par camion jusqu’en Californie. De cette manière, ces abeilles contribuent chaque année au mois de février à la révolte des amandes de l’État[28]. Dans l’espoir de motiver la conservation en faisant appel aux services écosystémiques, certains biologistes et défenseurs ont toutefois fait valoir que ces agriculteurs devraient plutôt mettre de côté des terres pour favoriser les insectes indigènes qui pourraient polliniser les amandes[29].

Alors que les abeilles domestiques sont transportées par camion pour polliniser la prochaine récolte en floraison, les pollinisateurs indigènes auraient besoin d’un habitat maintenu pour eux tout au long de l’année. Les terres des zones de culture des amandes en Californie peuvent se vendre à 25 000 dollars l’acre ou plus [un acre = 0,4 hectare, NdT], et les producteurs d’amandes paient environ 450 dollars l’acre pour louer des abeilles afin de polliniser leur récolte[30]. En décidant de maintenir les zones d’habitat naturel restantes sur leurs terres ou de louer des abeilles, le producteur d’amandes doit donc se demander : « Combien de terres à 25 000 dollars l’acre suis-je prêt à retirer de la production d’amandes pour pouvoir économiser 450 dollars l’acre chaque année ? » La réponse économiquement rationnelle est probablement « pas beaucoup »[31]. Intuitivement, les agriculteurs ne seraient pas prêts à retirer beaucoup de terres de la production d’amandes si leur motivation pour cela était l’amélioration de la production d’amandes. Dans de nombreux cas, les producteurs peuvent trouver qu’il est plus rentable d’utiliser des substituts tels que des abeilles transportées par camion plutôt que des insectes indigènes pour polliniser les cultures, des digues plutôt que de la végétation riveraine pour contrôler les eaux de crue, et des stations d’épuration des eaux usées plutôt que des zones humides pour traiter la pollution, au lieu de réserver de vastes zones de terres coûteuses pour fournir ces services. En revanche, lorsque les services naturels sont rentables, c’est probablement parce qu’il ne faut pas beaucoup de terres pour les fournir.

Je viens d’affirmer que les substituts artificiels peuvent être plus rentables que les écosystèmes naturels lorsque le coût d’opportunité du maintien des terres dans les écosystèmes naturels est élevé. Qu’en est-il des endroits où les terres restent bon marché ? On peut se demander à quel point il est nécessaire de concevoir des arguments sophistiqués pour « sauver » des endroits qui ne sont peut-être pas très menacés, mais les écosystèmes naturels sont menacés dans certaines régions où les terres restent bon marché. Dans certaines régions du monde en développement, par exemple, les gens rasent les forêts pour y établir des exploitations agricoles de subsistance. Les encourager à compter sur les contributions des écosystèmes naturels permettra-t-il d’enrayer la perte de biodiversité qu’ils provoquent ? Il pourrait en résulter un patchwork de champs, entrecoupés de vestiges d’habitats naturels, dont la superficie augmenterait pour chaque kilogramme ou chaque calorie de nourriture cultivée. Il serait probablement plus sage d’accélérer l’intégration des agriculteurs de subsistance dans l’économie moderne, dans laquelle l’agriculture de haute technologie constitue une menace globale moindre pour la nature.

[Là, il faut garder en tête que cet article a été publié par la revue du Breakthrough Institute qui « promeut les solutions technologiques aux problèmes humains et environnementaux ». L’auteur pointe ici du doigt des paysans qui coupent certes des arbres pour cultiver des champs, mais qui n’utilisent bien souvent aucun pesticide ni machine. En revanche, l’empreinte écologique globale de l’agriculture moderne, qui dépend d’un système techno-industriel mondialisé et perfusé aux énergies fossiles, dépasse l’entendement. NdT]

Il est vrai qu’il existe un cas où la fourniture de services écosystémiques a justifié la mise en réserve de portions très importantes, et souvent assez coûteuses, du paysage. Ces services sont fournis par une poignée relative d’espèces dans des écosystèmes qui ont été spécialisés pour leur production. Ces écosystèmes sont connus sous le nom de « fermes ».

Je fais cette observation sur un ton espiègle. L’expansion des exploitations agricoles n’est généralement pas considérée comme une bénédiction pour la conservation, bien au contraire. S’il existe un continuum entre les paysages « naturels » et « humains », ceux qui sont en faveur de la préservation d’un plus grand nombre de paysages naturels devraient réfléchir aux conséquences potentielles d’un accent mis sur les services écosystémiques.

Permettez-moi d’illustrer ce que je veux dire par un autre exemple tiré de la pollinisation. Un producteur d’amandes californien a récemment expérimenté l’usage de pollinisateurs indigènes comme alternative à la location de colonies mouvantes d’abeilles européennes[32]. La Wonderful Company produit des amandes sur près de 20 000 hectares de terres en Californie, et elle a historiquement loué environ 80 000 colonies d’abeilles chaque année, pour un coût annuel de 10 millions de dollars[33]. Compte tenu de ces coûts, la société a cherché une alternative dans l’abeille bleue des vergers (Osmia lignaria). L’abeille bleue des vergers est un pollinisateur prolifique, mais elle présente certains inconvénients. Contrairement aux abeilles domestiques, qui retournent à leurs ruches, les abeilles bleues ont tendance à se disperser. Et contrairement aux abeilles domestiques qui, une fois revenues à leurs ruches, sont transportées par camion dans tout le pays d’une culture à l’autre, les abeilles bleues doivent être pourvues d’autres sources de nourriture lorsque les amandiers ne sont pas en floraison. Les abeilles bleues sont également des proies pour les souris, les crapauds et d’autres animaux.

C’est pourquoi, afin d’élever des abeilles bleues pour fournir le service écosystémique de la pollinisation, la Wonderful Company : a soigneusement désherbé une zone de huit hectares et a planté un ensemble de fleurs préférées par les abeilles bleues; a entouré la zone de filets pour empêcher les abeilles bleues de s’échapper et les autres insectes de pénétrer dans la zone ; a établi des zones de nidification pour les abeilles ; a contrôlé les souris et les crapauds qui auraient pu les manger ; et a commencé un programme de reproduction sélective dans l’espoir de créer une lignée d’abeilles bleues domestiquées qui ne s’éloigneront pas de la zone où les agriculteurs voudraient qu’elles s’installent.

Qu’en dites-vous ? L’entreprise a-t-elle mis de côté un habitat naturel pour fournir un service écosystémique ? Ou ce résultat pourrait-il mieux correspondre à une ferme-dans-une-ferme pour la propagation d’une nouvelle race de bétail[34] ?

3.

J’ai maintenant un quart de siècle d’expérience passé à étudier la question suivante : pourquoi et comment les services écosystémiques pourraient motiver la conservation. Malheureusement, les arguments en faveur des services naturels ne semblent pas avoir accompli grand-chose jusqu’à présent. Les programmes visant à tirer profit des services écosystémiques se sont souvent révélés inefficaces, voire contre-productifs.

En se basant sur cet historique, on peut envisager deux hypothèses. La première est que les défenseurs de la conservation n’ont tout simplement pas encore trouvé la bonne idée. Dans cette optique, les services écosystémiques sont à chaque fois sous-estimés, et si nous continuons à chercher, nous identifierons des valeurs qui convaincront les décideurs de sauver une plus grande partie du monde naturel.

Mon expérience me conduit à une autre hypothèse. Les services écosystémiques ne sont généralement pas sous-estimés. Ce qui est sous-estimé, ce sont plutôt les bases du fonctionnement de l’économie. C’est le fil conducteur de toutes les expériences décevantes vécues jusqu’à présent pour trouver des moyens de faire payer la nature pour elle-même.

Les défenseurs de la conservation n’ont pas forcément tout compris de travers. Si par « nature » nous entendons la grandeur ineffable et l’exquise merveille de la création, la nature se raréfie dans un monde de plus en plus dominé par l’homme. Parce que la nature se fait plus rare, elle devient plus précieuse. Mais les services de la nature, les avantages démontrables et tangibles que nous tirons de l’exploitation des ressources naturelles à des fins humaines, ne se font pas, dans l’ensemble, plus rares. En fait, c’est généralement le contraire.

La bioprospection n’a pas pu être à la hauteur de sa réputation car la diversité biologique qu’elle cherche à exploiter reste abondante. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. La chimie de synthèse fournit également de plus en plus d’alternatives aux substances naturelles pour la découverte de médicaments, ce qui rend la nature de moins en moins précieuse. Il en va de même pour toute une série d’autres services écosystémiques. Les écosystèmes naturels peuvent-ils filtrer l’eau, protéger contre les ouragans et polliniser les cultures ? Bien sûr qu’ils le peuvent, mais ce n’est pas pour rien que nous voyons autant de stations d’épuration, de digues et d’abeilles ambulantes. Ces alternatives construites ou contrôlées fournissent souvent les mêmes services à un coût moindre, en particulier lorsque ce coût inclut la valeur des terres ; ces espaces qui devraient autrement être conservés pour fournir les services naturels.

Ces faits ont trop souvent été éludés. Les commentateurs abordant le sujet des services écosystémiques ont souvent tendance à dire qu’il s’agit d’« externalités ». En économie, une externalité survient lorsqu’une personne agit et que d’autres ressentent les coûts ou les bénéfices de son action : si un propriétaire foncier coupe les arbres sur son terrain, d’autres souffrent de la perte des services écosystémiques fournis par ces arbres. Ce n’est pas parce qu’il peut y avoir des externalités qu’il y en a, et ce n’est pas parce qu’il y a des externalités qu’elles sont nécessairement assez importantes pour justifier des changements majeurs dans la politique d’utilisation des terres. Malgré la multitude de documents écrits sur les services écosystémiques, il est difficile d’obtenir des preuves tangibles de leur valeur économique. D’après mes lectures, il existe très, très peu de cas où l’accent mis sur la valeur des services écosystémiques aurait l’impact significatif sur les pratiques de conservation espéré par les conservationnistes.

Il ne faut pas prendre ma vision au pied de la lettre. Les écologistes, les économistes et d’autres devraient bien sûr étudier de près les actifs naturels lorsque nous risquons de les perdre à jamais. Il n’y a pas non plus nécessairement de mal à adopter des approches « naturelles » s’il peut être démontré qu’elles rendent l’agriculture et l’industrie plus productives avec moins d’effets secondaires néfastes.

Plus important encore, la nature vaut la peine d’être sauvée. Mais cela signifie qu’il s’agit d’un défi bien trop important pour ne pas le relever sérieusement. Dans la mesure où préserver la nature signifie plus que d’intégrer ses vestiges dans des paysages contrôlés et gérés, nous trouverons probablement plus efficace de continuer à découpler l’activité humaine de la nature que d’essayer de trouver et d’exploiter des synergies entre les deux. Les problèmes liés à une mauvaise compréhension peuvent conduire à proposer des solutions qui ne fonctionnent pas. Trop d’approches défendues par la conservation se résument à des programmes écologiques pour un enrichissement rapide [plutôt pseudo-écologiques dans ce cas, NdT], à des vœux pieux sans espoir réaliste de déclencher le type d’effort de conservation à grande échelle dont nous avons besoin.


Remarques

Il y a pas mal de choses à dire sur ce texte. Par exemple, l’auteur ne fait aucune différenciation entre activité humaine industrielle et activité humaine non-industrielle, entre des systèmes techniques et socio-économiques incompatibles avec les limites écologiques (ils sont pensés pour dépasser ces limites) et des systèmes traditionnels qui ont montré durant des siècles leur capacité à faire coexister – et prospérer – des communautés humaines avec des forêts, des grands animaux, des oiseaux et des poissons. À cela, ceux à la pensée limitée par le dogme progressiste diront qu’il est utopique de vouloir revenir en arrière. Je leur répondrai que la vraie utopie se trouve dans la croyance en un verdissement de la civilisation industrielle, et faire reposer sur cette croyance l’avenir de la vie sur Terre relève de la folie. Croire en l’avènement d’une civilisation écologique, c’est comme jouer à la roulette russe avec un barillet plein en espérant qu’une défaillance mécanique du revolver va empêcher le coup de partir.

En étudiant 28 grandes civilisations du passé, le chercheur Luke Kemp a estimé à 336 ans leur espérance de vie. Quant à l’historien Arnold Toynbee, il écrivait déjà il y plus d’un demi-siècle « les grandes civilisations ne sont pas assassinées, elles se suicident ». Sur 28 essais, le taux d’échec a été de 100 % pour l’organisation sociale de type « civilisation ». Dans leur sillage, les civilisations ont laissé des forêts rasées et des déserts, des zones humides asséchées et des territoires sauvages vidées de leurs habitants non humains. À cause du progrès technique et de l’énergie nucléaire qui connaît un développement sans précédent, la civilisation industrielle a aujourd’hui le pouvoir de stériliser la planète, d’éradiquer les créatures et les paysages vivants pour les remplacer par des villes, des routes, des centres commerciaux, des stations d’épuration, des usines et des machines.

Autre problème émanant de cet article et qui se retrouve dans d’autres publications du Breakthrough Institute : la croyance en un possible découplage entre croissance économique et consommation de ressources matérielles. En gros, n’ayez craintes braves gens, la technologie va résoudre tous nos problèmes, il suffit de rester croyant. Dans un autre article du Breakthrough Institute, Linus Blomqvist va jusqu’à affirmer que « nous pourrions avoir une civilisation parfaitement soutenable sans découpler notre consommation de roches avant un moment[35]. » Il prétend que « certains des principaux éléments des flux de matières (comme les minéraux de construction) représentent une part assez faible des impacts environnementaux, comme les émissions de gaz à effet de serre ou l’utilisation des sols. » Dans l’absolu, il n’a pas tort. Car l’extraction de biomasse, principalement pour la production alimentaire, compte pour près de 90 % du stress hydrique et de l’extermination de la biodiversité en raison de son empreinte au sol (Panel des ressources 2019 de l’ONU[36]). Mais raisonner de cette manière n’a pas de sens. On laisse s’accumuler les problèmes en apparence moins urgents, avec le risque d’avoir un énorme retour de bâton à plus long terme. L’extraction minérale s’élevait à 44 milliards de tonnes de minéraux non métalliques en 2017, soit cinq fois plus qu’en 1970. Le rapport parle d’un « déplacement important de l’extraction mondiale de la biomasse vers les minéraux. » Il s’agit principalement de sable, de gravier et d’argile destinés en grande partie à la construction d’infrastructures dans les pays en voie d’industrialisation. Selon les Nations Unies, « l’extraction d’agrégats dans les rivières a entraîné une pollution, des inondations, l’abaissement des aquifères et une aggravation de la sécheresse[37]. » Quid de ces impacts dans 30 ans avec le processus de rattrapage en cours des pays du Sud sur les pays du Nord ? En réalité, inutile d’attendre, le désastre est déjà planétaire (Floride, Maroc et ailleurs en Afrique, Indonésie, Inde, etc.).

Selon un article de TV5 Monde :

« La consommation de sable est devenue en quelques années un problème planétaire très sensible. La pénurie guette et les extractions maritimes menacent les côtes comme les écosystèmes, tandis que des mafias du sable se développent à des échelles disproportionnées. L’exploitation du sable est devenue un enjeu majeur qui pourrait vite tourner au désastre. Ou au conflit[38]. »

Il faut 200 tonnes de sable pour une maison de taille moyenne, 3 000 tonnes pour un hôpital, 30 000 pour un kilomètre d’autoroute, ou encore 12 millions de tonnes pour une centrale nucléaire[39].

La masse des constructions de la civilisation industrielle faites de béton, métal, plastique, brique et asphalte, dépasse maintenant le poids de l’ensemble des êtres vivants sur la planète[40]. Il est vraiment temps de mettre un terme à cette folie, d’achever la civilisation avant que celle-ci n’achève la vie sur Terre.


[1] Michael D. Coughlin, Jr., “Using the Merck–INBio Agreement to Clarify the Convention on Biological Diversity,” Columbia Journal of Transnational Law 31, no. 2 (1993): 337–75.

[2] INBio director Rodrigo Gámez Lobo, interview by Bob Carty, “Pharmaceutical Prospecting,” Living on Earth, September 4, 1992, http://loe.org/shows/segments.html?programID=92-P13-00036&segmentID=1.

[3] See “International Cooperative Biodiversity Groups (ICBG),” NIH Fogarty International Center, https://www.fic.nih.gov/Programs/Pages/biodiversity.aspx.             

[4] People, December 18, 1989.

[5] Google Scholar search for “access and benefit sharing” and “genetic resources,” restricting the time period to 1999 and before.

[6] The history of the term and idea are explored by David Takacs, The Idea of Biodiversity: Philosophies of Paradise (Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1996).

[7] See Elizabeth Kolbert, The Sixth Extinction: An Unnatural History (New York: Henry Holt, 2014). While Kolbert’s work may have popularized the notion of a “sixth extinction,” she certainly did not originate the idea. References to a “sixth extinction” event were already common when I began working on biodiversity.

[8] International Union for Conservation of Nature (IUCN), World Conservation Strategy: Living Resource Conservation for Sustainable Development (1980), 4, https://portals.iucn.org/library/efiles/documents/wcs-004.pdf.

[9] Richard Conniff provides a list of examples of products derived from natural sources in “A Bitter Pill,” Conservation, March 9, 2012, http://www.conservationmagazine.org/2012/03/a-bitter-pill/.

[10] It seems that estimates of the numbers of species fluctuate between sources and over time. At the time I was working, taxonomists were excited by the discovery of numerous new species in rainforest canopies, and I would see some estimates in the tens of millions. It appears numbers may have come down somewhat recently. A 2011 paper estimates about 6.5 million on land, with another 2.2 million in the oceans. See Camilo Mora, et al., “How Many Species Are There on Earth and in the Ocean?” PLoS Biology 9, no. 8 (2011), https://doi:10.1371/journal.pbio.1001127.

One thing that doesn’t seem to have changed, though, is the extrapolation from incomplete data. Mora et al. estimate that 86 percent of terrestrial species and 91 percent of marine species have yet to be described.

[11] Quoted in David G. I. Kingston, “Modern Natural Products Drug Discovery and Its Relevance to Biodiversity Conservation,” Journal of Natural Products 74, no. 3 (2011): 496–511.

[12] Ibid. “One of the biggest concerns in natural products research is that after so much study many of the compounds in a given extract may well be known compounds, leading to much wasted effort in the search for new bioactive compounds.”

[13] R. David Simpson, et al., “Valuing Biodiversity for Use in Pharmaceutical Research,” Journal of Political Economy 104, no. 1 (1996): 163–185.

[14] Gordon C. Rausser, et al., “Valuing Research Leads: Bioprospecting and the Conservation of Genetic Resources,” Journal of Political Economy 108, no. 1 (2000): 173–206.

[15] Christopher Costello, et al., “Search, Bioprospecting and Biodiversity Conservation,” Journal of Environmental Economics and Management 52, no. 3 (2006): 615–626.

[16] Edward Hammond writes that “by 2008 Merck walked away from the agreement” (“Amid Controversy and Irony, Costa Rica’s INBio Surrenders Biodiversity Collections and Lands to the State,” Third World Network, April 2, 2015, https://www.twn.my/title2/biotk/2015/btk150401.htm), and Conniff (see note 9) writes, “In 2008, Merck quietly abandoned its search for new drugs from the natural world.” Others report that Merck was no longer contracting for new samples after 1999: “A second two-year contract, with similar terms, was signed in 1994 and a third in 1997. However, in 1999, Merck ended its contract with INBio to focus on the analysis of samples.” In Life as Commerce: Bioprospecting in Costa Rica, Global Forest Coalition (2008), http://globalforestcoalition.org/wp-content/uploads/2010/12/Costa-Rica-summary1.pdf.

[17] Conniff, “A Bitter Pill.”

[18] Hammond, “Amid Controversy and Irony, Costa Rica’s INBio Surrenders Biodiversity Collections and Lands to the State.”

[19] Conniff, “A Bitter Pill.”

[20] Colin Macilwain, “When Rhetoric Hits Reality in Debate on Bioprospecting,” Nature 392 (1998): 535–540.

[21] Richard D. Firn, “Bioprospecting — Why Is It So Unrewarding?” Biodiversity and Conservation 12, no. 2 (2003): 207–216.

[22] Conniff, “A Bitter Pill.”

[23] See, e.g., Vandana Shiva, Biopiracy: The Plunder of Nature and Knowledge (Boston: South End Press, 1997).

[24] “Mexico Biodiversity Project Cancelled Following NGO Criticism,” International Centre for Trade and Sustainable Development, November 22, 2001, https://www.ictsd.org/bridges-news/biores/news/mexico-biodiversity-project-cancelled-following-ngo-criticism.

[25] Jenna Gallegos, “In the Hunt for New Antibiotics, Scientists Hit Pay Dirt, Washington Post, June 15, 2017, https://www.washingtonpost.com/news/to-your-health/wp/2017/06/15/in-the-hunt-for-new-antibiotics-scientists-hit-pay-dirt/?utm_term=.cca52a9ae5a8.

[26] Paul R. Armsworth, et al., “Ecosystem-Service Science and the Way Forward for Conservation,” Conservation Biology 21, no. 6 (2007): 1383–1384.

[27] Pollination is mentioned prominently in Armsworth et al.; there are around 42,000 Google Scholar citations of “ecosystem services” and “pollination.”

[28] Tom Philpott, “Holy Shit! Almonds Require a Ton of Bees,” Mother Jones, May 25, 2015, https://www.motherjones.com/food/2015/05/almonds-now-require-85-percent-us-beehives/.

[29] Claire Brittain, et al., “Synergistic Effects of Non-Apis Bees and Honey Bees for Pollination Services,” Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences 280 (2013).

[30] Roger A. Duncan, et al., Sample Costs to Establish an Orchard and Produce Almonds, University of California Cooperative Extension (2016), https://coststudyfiles.ucdavis.edu/uploads/cs_public/27/59/27599258-3e53-4e5f-aefb-08d12f5b0cb9/16almondssjvnorthfinaldraft81116.pdf.

[31] In a recent paper, I find that under what I consider to be very generous assumptions an almond farmer might devote, at most, about one-eighth of her land to native pollinators. R. David Simpson, “Conservation Incentives from an Ecosystem Service: How Much Cropland Should Be Set Aside for Wild Pollinators,” forthcoming in Environmental and Resource Economics.

[32] Todd Fitchette, “Large Almond Grower Looks to Wild Bees for Pollination,” Western Farm Press, March 31, 2015, http://westernfarmpress.com/tree-nuts/large-almond-grower-looks-wild-bees-pollination.

[33] Paige Embry, “Building a Backup Bee,” Scientific American, March 2018, 67–71.

[34] As it turns out, the question is now moot: in February of 2018 — just as a new article was going to press in Scientific American on its efforts — the Wonderful Company announced it was ending its eight-year-long effort to domesticate blue orchard bees.

[35] https://thebreakthrough.org/issues/conservation/is-decoupling-doomed

[36] https://www.resourcepanel.org/reports/global-resources-outlook

[37] https://www.unenvironment.org/fr/actualites-et-recits/communique-de-presse/laugmentation-de-la-demande-de-sable-appelle-la

[38] https://information.tv5monde.com/info/penurie-de-sable-un-enjeu-planetaire-environnemental-et-economique-185813

[39] https://www.lesechos.fr/2016/02/la-guerre-mondiale-du-sable-est-declaree-1110253

[40] https://www.theguardian.com/environment/2020/dec/09/human-made-materials-now-outweigh-earths-entire-biomass-study

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